Les chatons

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Le temps passa. Le chat noir et blanc devint un grand chat. Il rencontra une chatte et ils eurent des chatons. Le chat noir et blanc les aimait énormément. Il leur montrait les plus beaux papillons. Il leur apprenait à grimper aux arbres. Il les aidait à construire des cabanes dans les buissons.

Parfois, le soir, tous les chatons s’endormaient contre lui. Alors le chat noir et blanc n’avait plus envie d’être ailleurs.

Pendant quelque temps, tout sembla aller bien. Puis un nouveau papillon apparut. Le chat ne sut jamais d’où il venait. Il ne sut jamais pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre. Mais lorsqu’il le vit, il ressentit la même chaleur qu’autrefois.

Alors il se remit à courir. À observer. À dessiner des cartes. À poursuivre des routes invisibles.

Les jours passaient sans qu’il s’en aperçoive. Les nuits aussi.

Parfois, un chaton venait lui montrer un dessin. Le chat levait les yeux.

— C’est très joli.

Puis il retournait à ses cartes.

Parfois, un chaton lui racontait une histoire. Le chat hochait la tête. Mais il n’avait écouté que la moitié des mots. Il pensait déjà à autre chose. À un papillon. À une carte. À une idée.

Sa compagne l’observait.

— Tu travailles trop, disait-elle parfois.

Le chat noir et blanc souriait. Puis il retournait à ses cartes. Il faisait toujours cela.

Puis les papillons disparurent. Comme ils disparaissaient toujours.

Au début, le chat attendit leur retour. Puis il recommença à marcher sur les murs. Le panier était devenu trop petit depuis longtemps. Les murs étaient plus silencieux. Les chatons continuaient pourtant à courir dans le jardin. À jouer. À rire. À poser des questions. Comme tous les chatons. Le chat noir et blanc faisait de son mieux pour sourire. Mais chaque rire lui demandait un effort. Chaque question aussi.

Un après-midi, alors qu’il était assis près du mur, trois chatons arrivèrent en courant.

— Papa ! Papa !

Le premier tirait sur sa patte. Le deuxième voulait lui montrer un insecte. Le troisième sautait autour de lui sans s’arrêter. Le chat ferma les yeux. Il était fatigué. Très fatigué.

— Papa !

— Papa !

Alors quelque chose céda.

— Ça suffit !

Le silence tomba aussitôt. Les trois chatons reculèrent. Leurs oreilles s’abaissèrent. Le plus petit semblait prêt à pleurer. Le chat noir et blanc demeura immobile. Son cœur battait très vite. Il venait de voir quelque chose qu’il n’avait encore jamais vu. La peur dans les yeux de ses chatons.

Le soir venu, il resta longtemps seul. Lorsqu’il rentra, les chatons dormaient déjà. Sa compagne l’attendait.

— Ils ont eu peur, dit-elle doucement.

Le chat baissa les yeux. Il ne trouva rien à répondre. Après un long silence, elle ajouta :

— Tu travailles trop.

Cette fois, le chat ne protesta pas.

Plus tard dans la nuit, il retourna près du vieux mur. Le vieux chat était là. Comme souvent. Assis sur les pierres. Une soucoupe de lait entre les pattes. Ils restèrent silencieux pendant un moment. Puis le chat noir et blanc demanda :

— Est-ce que cela s’arrête un jour ?

Le vieux chat regarda les étoiles.

— Les papillons ?

Le chat hésita. Puis il secoua la tête.

— Tout ça.

Le vieux chat ne répondit pas tout de suite. Puis il désigna un point quelque part au-delà des jardins.

— Il existe une humaine qui aide les chats.

Le chat noir et blanc attendit la suite. Mais le vieux chat semblait avoir terminé. Après un moment, il ajouta simplement :

— Je crois que j’aurais dû aller la voir plus tôt.

Le vent souffla entre les pierres. Le vieux mur se dressait dans l’obscurité. Le chat noir et blanc regarda longtemps le vide sous ses pattes. Puis il pensa aux chatons. À leur peur. À leur silence.

Pour la première fois depuis très longtemps, il ne pensa ni aux papillons ni aux murs. Il pensa à l’humaine.